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Professionnels du chiffre, agir pour plus de mixité

29 janvier 2018

Interview de Françoise Savés, Présidente de l’Association des femmes experts-comptables

La loi Copé-Zimmerman oblige depuis janvier 2017 les grandes entreprises et ETI à détenir 40 % de femmes dans leur conseil d’administration. Où en est-on aujourd’hui ? L’Association des femmes experts-comptables, engagée pour la parité, a publié une enquête sur le sujet il y a quelques mois. Françoise Savés, présidente de l’association, répond à nos questions.

 

L’Association des femmes experts-comptables que vous présidez a créé l’observatoire de la parité dans les Conseils d’administration. Quelles sont les évolutions majeures constatées depuis la publication de la loi Copé-Zimmerman ?

2017 est la première année d’application de la loi. Notre observatoire a deux avantages : il est mené depuis 2014 et se base sur un large panel. Nous avons ainsi quatre années de comparaison fiable. D’autre part et contrairement à d’autres études, il ne se limite pas à l’analyse des sociétés du CAC40 mais intègre un total de 625 entreprises cotées dans les compartiments A, B et C de l’Eurolist ainsi que sur l’Euronext Growth (ex Alternext). (consulter l'étude)

Sur les 625 entreprises analysées, les résultats sont mitigés et plus on descend, en termes de taille de structure, plus l’écart se creuse. Les entreprises du CAC40 qui sont médiatiquement exposées ont évolué plus vite pour s’approcher de la conformité ; mais en ce qui concerne les ETI, le constat est différent. Même si des progrès ont été faits depuis 2014, il manquait encore en juin 2017 près de 500 administratrices au sein des conseils d’administration des entreprises cotées Euronext pour arriver au quota légal des 40 %. Beaucoup d’entreprises étaient donc passibles de sanctions au regard des textes de loi. Les sanctions existent mais comment seraient-elles appliquées s’il n’existe pas de contrôle ? L’idée n’est donc pas de les durcir ou d’en créer de nouvelles mais simplement de rendre applicables celles déjà prévues.

A cet effet, j’’ai adressé en décembre dernier un courrier à l’attention de la Secrétaire d'état chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, pour lui proposer un moyen simple de faire respecter la loi Copé-Zimmerman : la régularité de la composition des conseils d’administration au regard de la parité pourrait constituer une mention obligatoire du rapport de gestion, un cadre légal et normé déjà existant. La régularité pourrait alors facilement être vérifiée par les commissaires aux comptes car c’est dans leur mission légale.

Toutefois au-delà des obligations et des sanctions, ne perdons pas de vue le bénéfice d’une telle loi : l’accroissement de la diversité augmente la performance de l’entreprise.

Des progrès ont été faits depuis 2014 mais force est de constater que c’est en 2016 et 2017, que devant la nécessite de se mettre en conformité avec la loi, près de 50 % des nominations sont des femmes dans les conseils d'administrations des entreprises cotées dans l’indice Euronext. Cependant, il s'agit de nominations en supplément. Ces femmes ne viennent pas remplacer des hommes. Cela signifie que la part des femmes évolue plus faiblement.

Signalons également que les femmes sont assez peu présentes dans les organes stratégiques Elles sont encore trop absentes des lieux de pouvoir.

 

Le métier d’expert-comptable est encore trop peu féminisé. Les femmes représentent 26% des inscrits au tableau de l’Ordre. Quelles initiatives peuvent être développées pour inciter les jeunes diplômées, à s’installer en libéral ou à s’associer ?

Il y a environ 43 % de femmes diplômées cette année. En 2016, sur 1081 diplômés, on comptait 466 femmes. Les taux de réussite aux examens sont équivalents voire supérieurs à ceux des hommes.

Malgré ce taux important de diplômées, on ne comptait toutefois en 2016 que 25 % de femmes experts-comptables et en 2017,26 %. Sur 20 000 inscrits au tableau, il n'y a aujourd'hui que 5 200 femmes. Le nombre d'inscrites au tableau progresse peu, même si 42 % des inscrits sur les 5 dernières années sont des femmes. Cela signifie bien que la profession se féminise progressivement.  Toutefois  le retard est important, il faut que l'on accélère le mouvement, que les diplômées ne soient pas 40 % à s'inscrire au tableau mais au moins 50 % ... voire plus. Il faut pour cela qu'il y ait un réel engouement des femmes. Les femmes doivent se sentir chez nous dans un milieu professionnel favorable. Nous travaillons aussi pour qu’elles ne se limitent pas aux aspects techniques du métier, à l’expertise. Elles doivent affirmer leurs ambitions.

J'ai créé cette année le Prix de la parité dans les instances professionnelles. J’ai analysé les conseils régionaux de l'Ordre des experts-comptables et les compagnies régionales des commissaires aux comptes pour observer la place faite aux femmes. C’est le conseil régional d'Orléans qui a remporté le prix pour sa politique de sensibilisation et d'attraction des femmes dans la profession et dans les instances. Et pour montrer que ça marche, c'est aussi le conseil régional qui compte le plus de femmes inscrites au tableau !

Concernant les commissaires aux comptes, le prix a été décerné à Bordeaux, seule compagnie régionale à être présidée par une femme parmi les 33 existantes. On observe d'ailleurs que la part des femmes commissaires aux comptes n’est que de 21 %.

En 2018, avec les 23 déléguées régionales de l'association nous allons organiser des rencontres avec nos professionnelles et nos stagiaires pour travailler sur le leadership au féminin.

Nous allons aussi étudier la gouvernance des cabinets. Combien de femmes sont à la tête des cabinets d'expertise comptable, dans les comités de direction, combien sont associées… ?  car pour faire progresser notre profession, je crois beaucoup en la valeur de l'exemple.